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"Je vous
trouve très beaux"
Je vous trouve très beaux,
Jolis panneaux,
Pour l’espoir que vous entretenez.
Bouts de carton, bouts de bois,
bricoles,
Draps blancs, rêches étendards,
Vieilles affaires mises bout à bout,
Gens unis qui font ce qu’ils peuvent
Pour la beauté de Givry, d’Isabelle,
Et pourquoi pas d’Ava Gardner aussi.
Je vous trouve très beaux, jolis
panneaux,
frêles
oripeaux qui flottent au-dessus des colzas,
piquets
arc-boutés au flanc des fossés,
Cartons trempés jusqu'aux os, jamais
de niveau.
Gueules cassées ignorées, dédaignées.
Et les cicatrices que vous portez
Sont celles du combat que mènent
Les hommes contre tous les diktats.
Car, voyez-vous, Monsieur Beau,
C’est une guerre que mène P.C.C.,
contre
l’usine poubelle,
avec
comme seule arme la volonté.
Une guerre, c’est laid et ça, chacun
le sait !
Esthète comme vous l’êtes,
Vous auriez préféré le duel au
pistolet.
Le gant jeté, le soufflet,
Le bristol cinglant de la
convocation,
Les chemises blanches bien repassées,
La poudre, les témoins
Ah, les témoins !
Nul doute alors que votre implication
à défendre notre cause
eût été extrême !
Hélas, tel n’est pas le cas et vous
êtes tombé dans le panneau.
Car si l’usine s’installe,
Adieu vos beaux touristes.
Ne viendront plus que les corbeaux.
Vous confondez beauté et esthétique,
Monsieur Beau.
La beauté est cachée et, quand elle
se montre au grand jour,
c’est
pour se rebeller et ouvrir vos yeux clos.
Donnez-nous donc un peu d’argent,
Monsieur Beau,
Nous vous poserons des miroirs,
Où vous irez vous mirer
Et faire le beau,
Telle l’alouette tombée dans le
panneau.
Allez, reprenez-vous, Monsieur Beau,
Sinon, restez Monsieur bobo.
Vous avez simplement oublié que
Quand il y a danger
Même Karl Lagerfeld
Met son gilet fluo.
Et cela, nous l’avons tous vu sur les
panneaux !
Philippe ARNAL
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